
The Invisible City, c’est la nouvelle exposition de l’artiste contemporain ivoirien Obou Gbais, visible à Abidjan à la LouiSimone Guirandou Gallery depuis le 21 mai 2026.
À travers cette exposition, l’artiste dépeint une réalité à Abidjan : celle de la disparition progressive des quartiers populaires dits “précaires”. Présenté comme un travail de mémoire, l’exposition explore les réalités sociales, humaines et urbaines de ces espaces souvent marginalisés mais essentiels au fonctionnement de la ville.
Le vernissage de l’exposition s’est tenu le 21 mai à la LouiSimone Guirandou Gallery, réunissant amateurs d’art, artistes et visiteurs venus découvrir cette nouvelle démarche artistique de Peintre Obou.
À travers des vues aériennes, des compositions et une installation mêlant peinture, collage et matériaux recyclés, l’artiste donne à voir l’organisation complexe de ces quartiers populaires souvent réduits à des clichés.
Tôles rouillées, câbles électriques, pièces mécaniques, boîtes de conserve ou encore éléments récupérés dans des garages composent un univers visuel inspiré du quotidien des cités précaires.
Pour Obou, ces « villes invisibles » représentent bien plus que des espaces urbains oubliés.

« Le message derrière cette exposition, c’est que nous sommes tous pareils et qu’on a besoin des plus bas pour mieux vivre en haut”, explique l’artiste qui garde un lien fort avec ces cités invisibles où il a lui-même longtemps vécu. « Aujourd’hui, c’est important pour moi de les faire ressortir, de les montrées à toute cette ville et toutes ces personnes qui y vivent contribuent au développement. » souligne-t-il.
À travers cette exposition, Obou questionne également le regard porté sur les habitants des quartiers populaires et leur rôle dans le fonctionnement de la ville.
Selon lui, derrière les grandes maisons et les immeubles modernes se trouvent aussi des travailleurs issus de ces cités : jardiniers, cuisiniers, agents d’entretien ou ouvriers qui participent au quotidien de la société.
« Ceux qui vivent dans ces grosses maisons, dans ces gros bâtiments, ont besoin du jardinier, du cuisinier, du pisciniste qui vient nettoyer. Et ce sont ces gens qui vivent dans ces endroits. » insiste-il.
Loin de lui l’idée d’être politique, Obou porte néanmoins un regard engagé sur les réalités sociales à travers ses œuvres.
Ayant grandi notamment à Locodjro, quartier populaire de Yopougon, l’artiste considère “The Invisible City” comme un travail de capture de mémoire. Pour lui, derrière les déguerpissements qui sont d’ailleurs devenus courants dans la capitale ivoirienne, ce sont des histoires, des familles et des habitudes de vie qui disparaissent.
Il évoque également des opérations qui, selon lui, « mettent à nu des populations ».
« Lorsqu’on veut développer le pays, il faut aussi penser au relogement et à la dignité des personnes que l’on déplace », soutient-il.
Réalisée sur près d’une année, The Invisible City rassemble plusieurs séries d’œuvres articulées autour du même thème. L’installation centrale, reproduisant un quartier populaire avec ses réseaux électriques, ses tôles, ses lieux de culte et ses constructions imbriquées, apparaît comme l’une des pièces majeures de l’exposition.
Une orientation artistique qui a particulièrement marqué les visiteurs présents au vernissage.
Amatrice d’art et collectionneuse d’œuvres de l’artiste, Carole Aurélie Bayéré évoque une évolution dans le travail d’Obou, qu’elle juge aujourd’hui « plus profond, plus réaliste » et davantage ancré dans le quotidien des quartiers populaires.
« On perçoit la vraie vie dans les bidonvilles. Avant, son travail, c’était surtout de la peinture, des dessins et plus. Mais aujourd’hui, il rajoute des morceaux de plastique, des fils électriques… c’est beaucoup plus réel. » remarque-t-elle fascinée par l’une des œuvres intitulée ‘Power City 1 ‘son coup de cœur de cette exposition.

Le graphiste et artiste numérique ivoirien O’Pléroudit avoir été lui aussi impressionné par la même œuvre que Carole, encore plus par des messages qu’on peut y lire et qu’il associe à sa propre démarche artistique et personnelle.
« J’ai l’impression que cela ressemble à la phase dans laquelle je me trouve actuellement. Avec ces mots dans le tableau, ‘la révolution continue’,‘Vos grandes idées devraient se réaliser’ ça me motive à avancer vers ce qu’on appelle la vraie révolution », confie-t-il.
Aziz Doumbia, fondateur d’un concept store, ami de l’artiste, souligne une grande différence dans l’approche visuelle de l’artiste comparativement à ses précédentes expositions.
« Avant, c’est comme si on voyait le quartier de face avec des visages. Maintenant, on le voit de haut. On ne voit plus vraiment les visages, mais davantage les toitures, les rues, des voitures et les matières. On pourrait voir tout de suite cette exposition, sans vraiment faire le lien avec Obou, il y a vraiment une vraie cassure avec tout le travail de lui qu’on connaît jusque-là, je ne m’attendais pas du tout à ça, c’est intéressant. »
Entre Abidjan et Berlin, où il développe aujourd’hui son travail artistique, Obou poursuit ainsi une démarche centrée sur la mémoire urbaine, les réalités sociales et la place des populations souvent invisibilisée dans la construction de la ville.
À travers The Invisible City, l’artiste porte également un message d’humanité, de sensibilisation et de soutien à toutes les personnes confrontées à ces réalités urbaines. L’exposition reste visible jusqu’au 0 4 juillet 2026 à la LouiSimone Guirandou Gallery.
Ami Korobara